Stefane Fermigier

D'une domination à l'autre?

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[Ceci est l'éditorial de la semaine d'Alain Simeray dans la toujours excellente lettre d'information (gratuite) LMB Actu. Reproduit avec la permission de l'auteur.]

C'était le 18 mai, il y a un an, que s'ouvrait l'action anti-trust contre Microsoft. On s'attendait au "procès du siècle". En fait, ledit procès a traîné en longueur et a subi de nombreux reports, pour ne redémarrer que le premier juin prochain, dans une relative indifférence. D'aucuns rêvaient d'une décision judiciaire démantelant le "monstre de Seattle" : Microsoft s'est finalement restructuré en cinq divisions de lui-même. On pointait du doigt l'hégémonie abusive : le rachat de Netscape par AOL a mis sur pied un autre géant, non moins inquiétant. Le temps aura donc joué en faveur de Microsoft. Alors que la société était affaiblie par le procès et ses interminables auditions, la concurrence s'est réveillée. Et ce réveil a atténué le grief principal, l'abus de position dominante étouffant concurrence.

Le résultat du procès reste imprévisible. Mais, après un an de travaux, un accord à l'amiable entre la Cour et Microsoft se fait de plus en plus probable. Un tel accord est d'ailleurs recherché par toutes les parties. Pour le procès du siècle, c'est décevant. Pourtant, au cours des derniers mois, il s'est produit un changement important : désormais, les constructeurs et les éditeurs peuvent parler de Linux, sans risquer l'excommunication. Le système d'exploitation libre a réussi à prendre ses marques dans les milieux professionnels et mène une vraie compétition avec Windows. L'éditeur de logiciel Corel annonce ainsi cette semaine le millionième téléchargement de sa suite bureautique pour Linux. Linux a reçu des signes de reconnaissance majeurs, de la part d'IBM, de Dell... et de nombre d'entreprises qui osent même avouer l'utiliser pour leurs propres besoins. Indépendamment du résultat du procès, le monde a déjà changé. C'est une victoire pour la liberté de choix.

La victoire s'apprécie avec modération. Elle ne concerne que le système d'exploitation pour micro-ordinateur. Car, entre temps, Microsoft s'est déployé tous azimuts en partenariats, participations et rachats, pour récemment prendre pied chez le géant des télécoms, AT&T, en s'assurant la diffusion de Windows CE dans quelques millions de boîtiers de télévision par câble. Voilà qui rappelle furieusement les débuts de la micro : Microsoft s'était adossé au plus grand en son temps, IBM, pour diffuser automatiquement DOS, puis Windows, sur les PC. La stratégie de Microsoft n'a pas changé. On en connaît maintenant les rouages, l'efficacité et les effets redoutables. L'histoire pourrait se répéter.

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